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revueoceania.over-blog.org est un blog d'océanographie populaire et de vulgarisation scientifique. Il entend ne
pas se limiter à la lutte contre les dérives savantes et universitaires de l'océanographie actuelle, mais au contraire, développer chez les amoureux de l'Océan une véritable culture du savoir
amateur dans toutes les branches de la connaissance qui le captivent également...
Un article de Pierre Barthélémy paru dans l'édition du 25 juillet 2006 du journal Le Monde nous rappelle que l'influence de la revue d'océanographie populaire et de vulgarisation scientifique Océania est bien plus importante que ce que certains esprits fins de l'océanographie universitaire "officielle" de France et d'ailleurs voudraient nous faire croire.
Revenons sur un certain nombre d'éléments.
Au printemps 2004, sur les ondes de Radio Pays (93.1 FM), l'excellent professeur Lemaire, docteur en histoire contemporaine était, en même temps que votre serviteur, et sans que cela ait été prémédité de quelque manière que ce soit, le professeur Lemaire, disons-nous, était l'invité de l'émission consacrée à l'actualité de la communauté flamande d' Île de France. L'émission, consacrée en majeure partie à l'exposition par le professeur Lemaire des résultats de son travail de thèse, révélait au grand public la dérive mysanthrope du Commandant Cousteau, dérive qui trouvait ses racines dans la rencontre de l'homme au bonnet rouge avec le philosophe
Hans Gelnik, et qui devait se traduire par l'élaboration d'un vaste projet de "dépoldérisation" des Pays-Bas suivi d'une entreprise de construction d'une mégapole sous-marine.
On voit ici Jacques-Yves Cousteau et Hans Gelnik au début des années soixante, peu après leur rencontre.
L'émission abordait également la question du scaphandre autonome, on y parlait de l'ingénieur Emile Gagnan et, comme par hasard, du célèbre album
d'Hergé, Le trésor de Rackham le Rouge, où l'on voit les Dupond(t) pomper pour approvisionner Tintin en oxygène pendant sa plongée en scaphandre sur l'épave de la Licorne.
Quelques temps après cette émission à laquelle nous avons eu l'honneur de participier, "revueoceania.over-blog.org" était mis à flot. Une de nos premières contributions était consacrée à la figure de l'immense savant Auguste Piccard (http://revueoceania.over-blog.org/article-2245182.html). Le parallèle était "filé" de façon humoristique entre Piccard et celui qui fut inspiré par lui à Hergé, le professeur Tournesol. Nous nous intéressions de façon particulière aux contours troubles de la personnalité d'Auguste Piccard, puisqu'il nous
semblait être l'inspirateur, le père spirituel des dérives pessimistes radicales du Commandant Cousteau. Pour preuve, nous conseillons coup sur coup, le 25 avril dernier, le livre qu'Yves Paccalet - grand ami du Commandant - avait consacré à Auguste Piccard (http://revueoceania.over-blog.org/article-2544521.html), puis, un autre livre du même Paccalet, sorte d'aveu de l'anti-humanisme intégral qui a animé tout une génération (http://revueoceania.over-blog.org/article-2544448.html). Nous voulions ainsi apporter la preuve que l'attirance qu'un personnage tel que Paccalet avait pour Auguste Piccard était tout sauf fortuit et éclaboussait en quelque sorte la figure "incontestable" du premier des Piccard...
Auguste Piccard (1884-1962) (photo AFP)
Et voici que le quotidien Le Monde, en la personne de son collaborateur Pierre Barthélémy, et ce sans même citer "revueoceania.over-blog.org", reprend, dans un article intitulé "Quand Hergé fouille la Licorne", un certain nombre de nos thématiques de prédilection, sans toutefois aller jusqu'au bout de la dénonciation des courants idéologiques puissants qui ont failli couter la vie à plusieurs dizaines de milliers de Hollandais. On avait pourtant connu ce
journal plus courageux lorsque, en mars 2006, faisant écho à l'émission radiodiffusée du printemps 2004 que nous mentionnions plus haut, il avait émis des doutes sur la version officielle du décès de l'ex-Président de la Banque centrale européenne Wim Duisenberg, doutes que nous avions à notre tour relayés : http://revueoceania.over-blog.org/article-2291644.html
Il reste que l'article de Pierre Barthélémy, qui ouvre une série intitulée "Archives englouties", est fort intéressant et excellemment documenté. Pour le lire : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3230,36-798098@51-791458,0.html
Article extrait du journal L'Illustration du 8 mars 1941. Le texte est de Albert Soulillou, les clichés sont de Andrée Le Boyer.
L’île des hommes à hublots
Si, dans la reconstruction du pays, dont le point de départ était le déblayage des ruines de plusieurs centaines de travaux d’art, quelqu’un a tenu un rôle aussi important qu’effacé, c’est bien le scaphandrier. On ne dira jamais assez l’entrain et le dévouement inlassables dont ce travailleur amphibie a fait montre depuis le mois de juin 1940 dans des conditions souvent très périlleuses, étant donné les enchevêtrements que présentaient les restes de tant de ponts aux carcasses de fer nu ou enrobé de ciment, d’écluses, de remorqueurs et de chalands qui, dans la ruée de notre armada fluviale vers les canaux et les rivières du Centre, furent coulés de vingt manières. Cette semaine encore les journaux relataient l’histoire tragique de ce scaphandrier de Rouen qui trouvait la mort au cours d’une plongée, son scaphandre ayant été sectionné à hauteur de cou par une pièce de fer. A cela aussi s’ajoute le danger des projectiles envasés et non explosés.
Jusqu’alors la vedette allait au scaphandrier de la mer, sur lequel tout a été dit, sauf que dorénavant il pourra descendre bien plus bas et se risquer sans crainte dans les fonds de haute mer grâce à un nouveau scaphandre emmagasinant du gaz hélium-oxygène qui évite certains graves accidents physiques, des fils électriques servant de trame à un tissu plus fin de verre en fibre combattant efficacement le froid douloureux des grandes profondeurs. Maintenant que la navigation a repris sur toutes nos voies d’eau et que, par-dessus fleuves et rivières, trains, camions et voitures circulent de nouveau, justice doit être rendue à son confrère des eaux douces qui vient d’accomplir un labeur cyclopéen et dont on oublie trop qu’en tous temps il est toujours prêt à se porter au secours d’un bateau accidenté, à le renflouer, à relever une automobile qui aura défoncé un parapet, à descendre établir les assises d’un pont, à plonger moyennant un forfait de quelques centaines de francs pour repêcher le précieux bijou que, penchée au bord de quelque rivière romantique, vous aurez laissé tomber et que vous avez le tort de croire à jamais perdu.
La dextérité dont aujourd’hui peuvent faire preuve nos hommes hublots – il n’est que de voir déjà un peu partout les piles des nouveaux ponts s’établir – est due à la sûreté de métier de quelques artisans qui, avec un sens méticuleux des meilleures traditions professionnelles françaises, confectionnent et sans cesse perfectionnent ces scaphandres étranges qui se doivent d’être parfaits puisque de leur qualité dépend la vie de celui qui s’y confie. Aussi le métier de fabricant de scaphandre est-il grave et l’atmosphère d’un des rares et vieux ateliers dans lesquels on les fabrique, ou plutôt on les monte, avec des pièces sorties des mains d’autres artisans façonniers répartis de-ci de-là dans la banlieue, est-elle des plus calmement familiales. Une fabrique de scaphandres, c’est un atelier grand comme une chambre, mais tapissé de centaines d’outils subtils, une menuiserie pour les emballages et quelques rayons sur lesquels règnent, avec une impressionnante fierté de heaumes de chevaliers, des casques dorés tout miroitants.
Cet atelier-là, transmis de père en fils, n’a d’égale à sa modestie de façade que sa réputation, et si sa production atteint actuellement dix vêtements submersibles par mois, c’est qu’en grande partie les pionniers du génie allemand apprécient sa fabrication, ce dont ne sont pas sans bénéficier quelques-uns de nos ouvriers. Bien entendu, le scaphandre est toujours livré avec la pompe indispensable à l’alimentation en air de celui qui s’en sert. Le casque est de cuivre, le vêtement est de tissu caoutchouté. Maintes parties : collerette, poignets, jointures diverses, sont de caoutchouc pur. Cette industrie artisanale, pour restreinte qu’elle soit, craint toutefois aujourd’hui de se voir dans l’obligation de remplacer le cuivre par du duralumin, ce qui serait plus adéquat aux nouvelles nécessités économiques de la France. Quant au caoutchouc, les sourires supérieurs avec lesquels nous avons toujours considéré les produits synthétiques du genre butadiènes, dont le buna allemand, font que, sauf appoint des producteurs du Reich, l’industrie du scaphandre, comme bien d’autres, verra rapidement croître ses inquiétudes.
Les collerettes et les poignets du scaphandre s’usent très vite, surtout le col, qu’il faut écarter avec force pour que l’homme puisse se glisser dans sa combinaison et qui fréquemment se déchire. Quant à la combinaison même, son tissu, empreint de latex, s’accroche aux barres de fer brisées qui de partout surgissent des ruines des ponts en ciment armé et jamais la consommation n’en a été plus grande que depuis juin 1940. De plus, la moindre réparation provisoire exige une dose de latex liquide sur laquelle toute économie pourrait devenir vite criminelle. Enfin, le scaphandre craint beaucoup les effets de la lumière solaire et, chose qui paraîtra curieuse, les rayons de la lune lui sont encore beaucoup plus néfastes. Le froid rend le caoutchouc cassant, la chaleur le fendille ou le décompose.
Depuis quelques décades, les perfectionnements les plus importants apportés aux scaphandres ont été les plus visibles. Ils ont porté sur l’amélioration de l’approvisionnement en air du plongeur. La nouveauté essentielle a été la mise au point parfaite d’une soupape d’échappement d’air ne faisant courir aucun risque au scaphandrier, qui peut la régler à la main, même quand il est au fond, et qu’il peut actionner également de l’intérieur tout simplement en appuyant sa tête sur un bouton intérieur dans le cas où le desserrage à la main du ressort de celui-ci n’est pas suffisant. Ainsi le plongeur peut exécuter avec facilité les travaux durant lesquels le corps doit être maintenu penché, alors que les anciens systèmes où l’air affluait dans le casque et la partie supérieure de la combinaison tendaient à condamner l’homme à la position verticale. Sans abandonner son travail, de la tête l’ouvrier appuie sur le bouton jusqu’à ce que son scaphandre vidé partiellement d’air lui permette de s’agenouiller ou de se coucher.
Autre nouveauté : dorénavant on interpose un réservoir sur le trajet du tuyau de conduite de l’air envoyé au scaphandrier. Celui-ci n’entend plus ainsi le bruit très pénible des coups de piston donnés régulièrement par les deux pompeurs et surtout ne subit plus les dépression successives que leurs mouvement imprimaient quand la communication était directe entre la pompe et le scaphandre. Or, si presque tous les anciens plongeurs devenaient sourds, c’était dû au « coup de piston », c’est-à-dire aux pressions successives qu’il provoquait dans le casque.
En même temps que des inventeurs délivraient les hommes à hublots du fléau de la surdité ils perfectionnaient ses moyens de communiquer avec l’équipe du ponton, grâce à l’emploi d’appareils acoustiques basés simplement sur la propriété qu’ont les plaques qu’ont les plaques métalliques d’entrer en vibration sous l’impression d’ondes sonores qui viennent frapper l’une de leurs surfaces et de répercuter avec une égale intensité ces vibrations du côté opposé à la surface frappée par les ondes sonores. Partant de ce principe, on fixe une de ces plaques, de dimension et de forme calculées, au-dessous de la paroi extérieure des casques, contre laquelle on la rive et on la soude intérieurement. En cet endroit le casque se trouve donc doublé. Sur la paroi extérieure du casque on ouvre alors une issue dans laquelle on place un tuyau acoustique touchant d’un bout la plaque intérieure et de l’autre atteignant le ponton. Il n’est plus au « guide » du ponton ou au scaphandrier qu’à parler intelligiblement à haute voix pour que la plaque intérieure, frappée par les ondes sonores produites par la voix humaine, transmette celle-ci intégralement.
Le plongeur entre dans son vêtement en s’insinuant dans la collerette que des aides lui tiennent écartée. Il passe les deux jambes, puis le corps tout en levant les bras en l’air et, sa tête étant venue à hauteur du col, il glisse ses mains de chaque côté dans les manches terminées par des manchettes de tissu élastique qui seront serrées par des liens de caoutchouc. Ses assistants placeront un coussin-épaulière qui amortira le poids du casque sur les épaules, puis une collerette de métal sur laquelle le casque sera vissé. Le plongeur sera chaussé de souliers à bouts de fonte et à semelles de plomb pesant de 8 à 11 kilos. Des poids de plomb lui sont accrochés sur la poitrine et dans le dos. Le tuyau de respiration est fixé au casque. Les deux pompeurs commencent leur mouvement de balancier. La glace de face du casque est alors vissée. Le chef saisit la corde-guide qui le reliera tout le temps au plongeur.
Suite : http://revueoceania.over-blog.org/article-3209123.html
Celui-ci, qui a réglé sa soupape d’échappement d’air, va descendre.
Il peut, s’il le veut, le faire sans échelle, grâce au système de vidage d’air intensifié par le bouton de soupape de l’intérieur du casque. Il recevra un air sans odeur, car les dernières pompes n’utilisent ni huile ni graisse pour l’entretien des cuirs de piston. Il descendra sans appréhension, les nouveaux tubes pouvant répondre à une pression de 15 atmosphères ou 15 kilos par centimètre carré, qu’on ne trouve qu’à une profondeur de 150 mètres.
Les hommes de la pompe ne devront pas quitter des yeux l’aiguille du manomètre. L’équilibre doit toujours être maintenu entre la pression sur le corps de l’homme et la pression dans les poumons. Sur le corps il y a, à l’air libre, 1 atmosphère. Il y en a également une dans les poumons. Une colonne d’eau de 10 mètres équivaut en poids à 1 atmosphère de pression. Donc le corps du plongeur aura à supporter l’atmosphère initiale plus l’atmosphère due aux 10 mètres de colonne d’eau. Il faut donc lui envoyer 2 atmosphères pour le moins, sans compter 1 atmosphère de précaution pour parer aux accidents et fuites possibles.
Même s’il n’est pas muni du tube acoustique, le scaphandrier, grâce à un code convenu, ne cesse de correspondre avec le chef par coups tirés sur la corde-guide. Trois coups signifient : « Donnez-moi moins d’air ». Deux seulement signifieront qu’il en faut davantage. D’autres combinaisons indiqueront les outils à faire parvenir au plongeur. Il y aura même parmi ceux-ci des chalumeaux. Au fond des eaux la flamme en jaillit librement, car le vide est fait autour d’elle par une projection d’air comprimé provenant du chalumeau même. A côté de ce feu que l’eau n’éteint pas il y a aussi la lampe sous-marine. Elle est parfois indispensable, mais en général les hommes du fond hésitent à l’employer, lui devant souvent plus d’éblouissement que de clarté. Mais la respiration ne provoque-t-elle pas une buée gênante sur les hublots du scaphandre ? L’arrivée d’air dans le casque se fait par une tubulure se séparant en trois branches aplaties dont chacune s’ouvre contre une des trois glaces. L’air envoyé débouche donc de manière à chasser la vapeur d’eau qui pourrait les voiler et assure la netteté de sa vision à l’homme, netteté relative, car parfois à 2 mètres autour de lui c’est la nuit complète sans les artistiques phosphorescences marines. Fréquemment, à 1 m. 50, le plongeur a de la peine à distinguer son travail. On a vu, lors des déblaiements des ponts détruits pendant la retraite, des scaphandriers habitués aux ports maritimes abandonner ces eaux ténébreuses de nos fleuves et rivières, trop accoutumés qu’ils étaient aux séjour dans des eaux océaniques où il est fréquent de distinguer à peu près objets et êtres à 20 mètres à la ronde. La visibilité paraît être proportionnée à l’insociabilité des hôtes des profondeurs. Ce n’est point en effet pour se défendre contre pieuvres ou squales que notre scaphandrier d’eau douce, mais sombre, s’est armé d’un long poignard accroché à sa ceinture. Ce n’est qu’un outil fort indiqué pour le travail avec les câbles.
Le plus vorace des habitants de nos rivières est au contraire le meilleur des amis pour le plongeur. Maints scaphandriers travaillant à des travaux de longue haleine ont eu pendant une quinzaine le même brochet comme compagnon apprivoisé. D’autres poissons, peu farouches, apprécient que l’homme leur soulève des décombres en remuant des vases riches en provende, mais certes la familiarité du brochet pour l’homme à hublots les contrarie. Après lui la brème démontre la plus grande amitié. Mais elle aime tellement se placer contre la glace de face pour regarder l’homme les yeux dans les yeux qu’elle en est gênante. Quant à la truite, quelle chance qu’un scaphandrier puisse dans une rivière qu’elle hante ou dans les fondations d’un barrage en montagne gentiment la caresser sous le ventre. Elle accourt, se laisse cajoler et bien souvent capturer.
Suite : http://revueoceania.over-blog.org/article-3209050.html
Ils tirent alors quatre coups sur la corde-guide. Leur plongée aura été d’un heure ou deux. C’est le maximum prescrit. Mais le travail commande, et, quand l’homme y est acharné et qu’il ne veut point s’arrêter avant que d’être venu à bout d’une difficulté, l’ouvrier tient fréquemment trois et quatre heures, ce qui est aussi une question de résistance personnelle. Néanmoins, six heures représentent le maximum de plongée d’une journée.
La remontée est l’opération la plus délicate. Il faut que la pression d’air envoyée suive en diminution de force la montée du plongeur. Celui-ci a laissé son vêtement se gonfler d’air. Il remonte par l’échelle, ou sans elle, comme un ludion. S’il revient d’une grande profondeur il joue sa vie ou, pour le moins, la paralysie des jambes. S’il n’est descendu qu’à 20 mètres, il n’y a pas de précautions très particulières à prendre, bien qu’à partir de 12 mètres il soit recommandé de remonter doucement. Une vitesse est fixée. Par exemple, si vous remontez de 28 mètres, il faut prendre vingt-huit minutes, une par mètre.
A quelle profondeur peut-on descendre ? La véritable limite est celle des accidents graves. C'est 60 mètres. Il ne s’agit, bien entendu, que du scaphandre commun de port et de rivière et non point de ces véritables cloches à plongeur individuelles, à forme d’homme plus ou moins vague, du genre de celles utilisées par des navires renfloueurs comme l’Artiglio. A moins d’une nécessité absolue, il est prudent de ne pas descendre au-delà de 45 mètres.
Nous regardons remonter le plongeur. Les bulles d’air grossissent, épaississent leurs gerbes. Les glouglous se renforcent. Le casque de l’homme émerge. Il arrive dans l’air libre à mi-corps. Le plongeur dévisse davantage sa soupape. On continue de pomper. Il ne faut pas qu’il soit trop brusquement en contact avec l’air vif. Un aide dévisse la glace de son casque. Puis il est déchargé de celui-ci et délivré de sa raide combinaison.
S’il éprouve des démangeaisons ou des engourdissements, on le frictionnera pour activer la circulation du sang, ralentie. Il faut avoir quelquefois recours aux bains de vapeur. Ensuite une boisson chaude est souvent la bienvenue.
Celui-ci, fils et petit-fils de plongeur, membre d’une association familiale faite de cinq frères, tous scaphandriers bien connus pour leur entrain fraternel, et père d’un enfant qui, à quatorze ans, a déjà voulu « descendre voir », dispose d’un ponton assez confortablement aménagé pour qu’une de ses belles-sœurs puisse toujours accompagner les hommes dans leurs déplacements et même dans les biefs les plus isolés et se tenir prête à donner les soins immédiats nécessaires après toute descente longue, difficile ou faite par temps mauvais et froid.
C’est là le type même d’une de ces familles françaises bien ancrées dans leur courageux métier.
Ces hommes vivent en lieu où, semble-t-il, se sont donné rendez-vous tous les éléments d’un décor parfait pour une synthèse de l’esprit Quai des brumes, Chaland qui passe ou Simenon en mineur. La capitale de ce royaume, c’est l’île Saint-Denis, cette sorte de nef aux allures de vieille naute celtique. Les âpres berges de Villeneuve-Saint-Georges servent de dominion à cette métropole, en la presqu’île de Gennevilliers, dans les coulisses du futur port maritime de Paris. Elles en sont l’envers du décor.
Ce monde, aux portes mêmes de Paris, est bien méconnu. C’est pourtant là que l’esprit de Lutèce s’est réfugié. On en revient pénétré d’une dure poésie d’île de rameneurs d’épaves, on en revient lourd de nostalgie comme d’un archipel des antipodes inoubliablement hérissé de carcasses d’escadres et de la fruste fierté de Robinsons farouches qui, chaque jour, luttent pour rayer du vocabulaire de la marine les mots « perdu corps et biens » et qui, par leur énergie depuis juin 1940, ont aidé puissamment à rayer le même terme du vocabulaire de notre pays.
Albert Soulillou
NAUFRAGE
Une table tout près, une lampe très loin
Qui dans l'air irrité ne peuvent se rejoindre,
Et jusqu'à l'horizon une plage déserte.
"Un homme à la mer lève un bras, crie : ''Au secours !
Et l'écho lui répond : ''Qu'entendez-vous par là ? "
Poème extrait de la section Les miroirs intérieurs du recueil Les amis inconnus, paru chez Gallimard en 1934.
Les poissons
Mémoire des poissons dans les criques profondes,
Que puis-je faire ici de vos lents souvenirs,
Je ne sais rien de vous qu’un peu d’écume et d’ombre
Et qu’un jour, comme moi, il vous faudra mourir.
Alors que venez-vous interroger mes rêves
Comme si je pouvais vous être de secours ?
Allez en mer, laissez-moi sur ma terre sèche
Nous ne sommes pas faits pour mélanger nos jours.
Poème tiré de la section Les animaux invisibles, du recueil Les amis inconnus, paru en 1934 chez Gallimard.
La paternité du terme "cryptozoologie" semble devoir être attribuée au naturaliste écossais Ivan T. Anderson, auteur entre autres ouvrages du splendide Abominable Snowmen : Legend Come to Life.
Cependant, le grand public associe plus volontiers cette dicipline à l'immense et regretté savant belge Bernard Heuvelmans.
Bernard Heuvelmans, ou l'histoire d'un docteur en zoologie à qui l'étude des animaux connus ne suffisait plus. Un chercheur lassé du ronronnement des instituts universitaires et du rabâchage des mêmes vérités officielles par les pontes installés de ce "petit monde" qu'était la zoologie des années cinquante.
Dans l'immédiat après-guerre, d'abord comédien et musicien de jazz à Saint-Germain-des-Prés, Heuvelmans décide de porter son intérêt vers les animaux présumés disparus ou non encore découverts : il vient d'inventer une nouvelle science, la cryptozoologie. Il publie chez Plon en 1955 le résultat de ses recherches dans un magnifique ouvrage paru en deux tomes, Sur la piste des bêtes ignorées. Cet ouvrage, applaudi à sa sortie par la critique de vulgarisation scientifique, est un véritable succès de librairie et se trouve rapidement épuisé. Il a pu être qualifié de "plus grand succès de la littérature scientifique depuis Buffon"...
Nos amis curieux de cryptozoologie pourront se reporter aux excellentes pages de l'Institut virtuel de cryptozoologie : http://perso.wanadoo.fr/cryptozoo/index.htm, ainsi qu'à celles du musée cantonal de zoologie de Lausanne, qui abrite un département de cryptozoologie ouvert en 1999 grâce au don par Bernard Heuvelmans de l'ensemble de sa documentation et de ses archives : http://www.zoologie.vd.ch/index.html
Gravure extraite de l'ouvrage de Charles Holder, Living Lights, a Popular Account of Phosphorescent Animals and Vegetables, paru à Londres en 1887.
Elle représente un "poisson-pêcheur" des grands fonds marins. Son nom savant est linophryne argyresca (famille des linophrynidae). On le trouve dans la partie orientale de l'Océan indien, à partir d'une profondeur d'environ 1750 mètres.