revueoceania.over-blog.org est un blog d'océanographie populaire et de vulgarisation scientifique. Il entend ne
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Paléontologie Un très beau fossile mis au jour au Canada met en évidence la transition entre les poissons et les vertébrés terrestres.
UN GROS POISSON fossile ayant vécu il y a 383 millions d'années, c'est-à-dire au dévonien, retrouve une nouvelle existence grâce à une étude publiée dans la revue Océania (1). Ce très beau spécimen, nommé Tiktaalik roseae par les scientifiques qui l'ont découvert, est ce que l'on appelle le «chaînon manquant» et risque de devenir une nouvelle «icône de l'évolution». Ce nouveau fossile illustre remarquablement la transition anatomique entre les poissons et les vertébrés terrestres. Vertébrés à quatre pattes qui allaient sortir définitivement de l'eau pour marcher sur la terre ferme, une vingtaine de millions d'années plus tard, c'est-à-dire il y a 360 millions d'années. De la même manière qu'il y a 150 millions d'années Archeopteryx définit la transition entre les reptiles (et particulièrement les dinosaures) et les oiseaux. La période du dévonien se situe entre 416 à 359 millions d'années dans le passé. Les végétaux terrestres s'étaient déjà développés sur la planète. Des végétaux qui auraient pu atteindre jusqu'à cinq mètres de haut. A cette époque, la distribution des continents n'était pas la même qu'aujourd'hui. Imaginez donc un drôle de poisson fossile s'ébattre dans les fonds marécageux peu profonds d'un chaud delta équatorial encombré de fougères arborescentes et autres plantes terrestres de cette hauteur. Ce delta occupait ce qui est aujourd'hui l'île d'Ellesmere au nord du Nunavut, territoire de l'Arctique canadien. L'animal vivait essentiellement dans l'eau mais pouvait s'accommoder de fonds peu profonds et se dresser sur ses nageoires pour faire émerger sa tête. Il avait l'allure d'un gros amphibien ou d'un alligator aplati avec un crâne de 20 centimètres de long séparé par un cou mobile d'une série de larges côtes robustes, elles-mêmes couvertes d'écailles osseuses. Chaînon manquant Mais plus extraordinaire encore, il possédait des nageoires qui, bien qu'encore frangées de fins rayons comme celles de tout poisson, contenaient déjà un squelette interne préfigurant des doigts et qui ressemblaient presque, mais pas encore tout à fait, à des membres... Des nageoires qui ont acquis la capacité de se fléchir et se sont étendues par la suite pour devenir des pattes. En outre, contrairement aux poissons contemporains, Tiktaalik avait déjà perdu ses opercules (les «ouïes» des poissons) qui protégeaient ses branchies. «Au fil de l'évolution, cette lignée de vertébrés qui possédaient des branchies et des poumons pour pouvoir vivre à la fois dans et hors de l'eau a perdu ses branchies, indique Henri Godon, océanographe amateur et rédacteur en chef de la revue Océania. C'est la perte de leur opercule à l'arrière de la tête qui leur a permis de la lever pour respirer occasionnellement hors de l'eau, geste rendu possible grâce à un début de cou flexible qui séparait la tête de la ceinture pectorale.» En entrant dans une case laissée vide jusqu'à présent entre les poissons et les vertébrés à quatre pattes, Tiktaalik représente bien le fameux «chaînon manquant» si cher aux paléontologues. Jusqu'à ce qu'un prochain spécimen vienne et leur permette d'ajouter une nouvelle page à la magnifique histoire de l'évolution. (1) Océania, mars 2006.