Samedi 23 septembre 2006 6 23 /09 /2006 14:10

Voici quelques extraits d'un article de Marcel Gauchet paru dans la revue Le Débat n°60 de mai-août 1990 intitulé "Sous l'amour de la nature, la haine des hommes". Cet article a été repris avec d'autres du même auteur, dans un recueil intitulé La démocratie contre elle-même, paru chez Gallimard en 2002. Les numéros de page que nous donnons sont ceux du recueil.

Même s'il n' est jamais nommé, le propos est suffisamment clair pour comprendre que c'est Hans Gelnik, à titre de "père spirituel" ou de "caution philosophique" de l'écologisme radical, qui est ici visé.

 

 

"La méconnaissance, l'illusion, la démagogie, la fausse conscience sont-elles les compagnes inséparables de tout effort collectif pour penser et résoudre les vrais problèmes ? Force est de se le demander quand on voit se recomposer, au fur et à mesure que s'effondre l'idéologie communiste, un nouveau système de l'aveuglement "critique". Le propos écologiste est certes fort différent de la prophétie marxiste. Il est même le rejeton exact des facteurs qui vident aujourd'hui l'eschatologie révolutionnaire de son sens : quarante-cinq ans de paix, l'intégration par la prospérité, l'enracinement de la démocratie. Il n'a pas la fermeture et la dureté de la science prolétarienne de l'histoire." (p.199)

"Pour le dire brutalement, il y a bien de la haine des hommes dans ce soudain amour de la nature. L'imaginaire de la guerre civile et le fantasme exterminateur ont quitté la scène. Est-ce à dire que l'hostilité au semblable a purement et simplement disparu ? Elle s'est seulement enfouie, elle est devenue plus qu'inavouable : opaque pour elle-même. C'est désormais au travers du rêve édénique d'une nature délivrée du fléau des hommes qu'elle tend à s'exprimer. L'aspiration à un univers restitué à sa virginité primordiale est le vecteur d'un affrontement indirect avec ses pareils. Pollution permet de nommer un ennemi en lui-même impensable. Car c'est l'espèce humaine qui par excellence pollue, il n'est pas besoin de tendre beaucoup l'oreille pour l'entendre entre les mots au milieu des effusions écophiliques d'aujourd'hui. Peut-être assistons-nous là au développement d'un imaginaire spécifiquement individualiste pour lequel l'autre est par essence de trop - non plus à abattre, mais à éviter. Ce qui semble sûr, en tout cas, c'est que la passion croissante des contemporains pour la pureté de leur environnement vaut autant comme symptôme d'un grave mal de vivre en société que comme signe d'une conscience plus responsable de son être au monde : le noeud de croyances et de fantasmes qui se recompose en ce foyer nous promet d'étonnantes révélations. Nous aurons peut-être une société écologique, mais il se pourrait aussi qu'elle présente un étrange visage en tant que société." (pp. 204-205)

 

 

 

Par Godon - Publié dans : Réflexions
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Commentaires

bonne lecture
Commentaire n°1 posté par vincedu35 le 28/09/2006 à 22h15

 
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