Nous livrons à nos fidèles lecteurs les analyses du grand juriste Carl Schmitt dans son Nomos de la Terre, concernant l'auteur hollandais Hugo De Groot, dit Hugo Grotius. Nul doute qu'elles nourriront la réflexion sur le grand scandale évité de peu il y a quelques années, celui de la dépoldérisation des Pays-Bas.
[...] Une de leurs controverses essentielles est la revendication anglaise du naval salute, le signe de respect auquel sont tenus les navires d'autres nations envers les navires anglais dans les mers entourant l'Angleterre. Des disputes sur la pêche dominent une bonne part de cette littérature, non pas la pêche à la baleine sur les grands océans, mais la pêche au hareng et d'autres semblables.
Selon une opinion trés répandue, Hugo Grotius serait le pionnier de cette nouvelle liberté des mers, avec son écrit anonyme Mare liberum de
1609. Ce texte est dirigé contre les prétentions monopolistiques anglaises. C'est en fait un chapitre d'un ouvrage plus ample, le De jure praedae, écrit en 1605 contre les prétentions
portugaises et espagnoles, mais publié dans son entier seulement au XIXe siècle, en 1868. Dans les dernières décennies, on a plus d'une fois montré à quel point Grotius dépend
d'Alberto Gentili et répète simplement les arguments des scolastiques espagnols sur le liberum commercium et la libera mercatura. Il ne remarque pas la collision spatiale de la
guerre et de la paix qui va ensemble avec la nouvelle liberté des mers. On ne devait d'ailleurs pas s'y attendre de sa part. Pourtant, le sens originel et élémentaire de la liberté des mers
apparaît déjà assez souvent chez lui, par exemple lorsqu'il dit que dans toute guerre on a le droit de tuer son ennemi non seulement sur son propre sol, sur le sol de son ennemi et sur un sol
sans maître, mais encore sur mer. Mais, bien entendu, on ne discerne pas encore chez Grotius l'image de ce qui se révélera comme le résultat pratique de l'histoire politique mondiale dès après la
paix d'Utrecht de 1713, l'équilibre entre un ordre de droit des gens propre à la mer libre et un ordre spatial étatique propre à la terre ferme.
Toujours est-il que l'écrit et son titre ont agi comme un signal et ont entraîné le développement vers une nouvelle phase de la liberté
des mers. En revanche, la célèbre réplique anglaise de John Selden, Mare clausum (écrit en 1617-1618 et paru en 1635) reste encore, malgré toute son érudition, prise pour l'essentiel
dans les vieilles ornières mentales et les problématiques reçues.
Hugo Grotius, peint par Mierevelt, château de Chantilly
Pire, Romain Rolland contre-attaque
en retournant contre son ami ses armes de prédilection: « Vous, docteurs de l’Inconscient, au lieu de vous faire, pour mieux le posséder, citoyens de cet empire illimité, vous n’y entrez jamais
qu’en étrangers, imbus d’une idée préconçue de la supériorité de la partie dont vous venez… La méfiance que manifestent certains maîtres de la psychanalyse pour le libre jeu naturel de l’esprit,
qui jouit de sa propre possession, traduit, à leur insu, une sorte d’ascétisme et de renoncement religieux à rebours ».