L'océan comme paradigme d'Internet

Publié le par Godon

Internet, le réseau des réseaux informatiques, s'est développé conjointement à ce monde nouveau, en en étant, tout à la fois la manifestation la plus mutagène et l'accélérateur global. D'initiative américaine, Internet est sous contrôle du gouvernement américain - le State Department of Commerce - qui en délègue la gestion du protocole, des noms de domaine et des serveurs racine... Internet est une extension virtuelle des Etats-Unis sous leur domination absolue : la loi régit le comportement dans le monde physique ; le code, dans le monde virtuel, détermine l'existence même [...]. Internet oppose sa liberté planétaire à la mosaïque des souverainetés.
Est-ce unique et nouveau ? Non. Internet se compare à l'océan. Comme lui, l'océan est un lien universel entre tous les territoires sans en être un lui-même. La maîtrise de cette dimension nouvelle changea l'histoire du monde ; ce FD.jpgfut la domination des mers par l'Angleterre, voulue par la reine Elisabeth Ire, au XVIe siècle. Lui succèdera, au XXe siècle, l'hégémonie marine - puis sous-marine, aérienne et spatiale - nord-américaine. Il faut en revenir aux textes de l'auteur de Land und Meer, Carl Schmitt - si controversé soit-il -, pour comprendre qu'Internet, nouvelle dimension transnationale d'échange, est la troisième expression historique de la puissance maritime et marchande anglo-saxonne.

Le principe de liberté des mers, issu du XVIIe siècle, ne fut que l'incarnation d'une domination anglo-saxonne des océans. Face à l'absence apparente d'Etat qu'offre le grand large, les Etats terrestres, habitués à des advesaires de même nature qu'eux, furent pris au dépourvu. Comment contrer une suprématie fondée sur l'expansion navale et commerciale, contrôlant les lignes de communication maritimes, sans presque jamais la rencontrer sur un champ de bataille ? Et l'affrontement se porta sur le droit : d'un côté les Etats terrestres se définissent par leurs frontières et leur contrôle, de l'autre la puissance maritime se conçoit par l'ouverture et la circulation sans entraves dans un espace extraterritorialisé par définition [...]. La thalassocratie de jadis est devenue une Internetocratie toute aussi influente à faire confondre sa souveraineté réelle avec une liberté théorique, soumise, en fait, à son seul contrôle.I.jpg

 

 

 

 

 

 

 

© Pierre Bellanger, "De la souveraineté numérique" in Le Débat, n°170, mai-août 2012

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Publié dans Réflexions

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